Monday, 28 November 2016

PARALLEL SOUNDS

Universi Paralleli is the last, long awaited, studio album by Arti e Mestieri, a band from Turin that have been active, one way or another, for more than forty years. It was released in 2015 on the Cramps - Sony label with a renewed line up featuring, along with founder members Gigi Venegoni (acoustic and electric guitars, keyboards) and Furio Chirico (drums, percussion), also Iano Nicolò (vocals), Piero Mortara (accordion, piano, keyboards), Lautaro Acosta (violin, electric violin), Roberto Puggioni (bass, fretless bass) and Marco Roagna (acoustic and electric guitars) plus some prestigious guests such as Arturo Vitale (sax), Mel Collins (sax, flute) and Lino Vairetti (vocals). The creative vein of the band has not run out along the years and the songwriting is still brilliant, blending jazz rock, melody and Mediterranean colours with excellent results. On the album cover there's the picture of a sculpture by Lugi Farina that in some way recalls their debut album Tilt - Immagini per un orecchio, but with a touch of modernity that could give you an idea of the musical content. According to the liner notes, the music and lyrics of this work deal with the subject of parallel universes, emotional contrasts that are mirrored, for instance, in double lives or double personalities...


The opener "Alter Ego" is a great instrumental track where acoustic and electric instruments draw new images for you ears with soaring melodic lines defying the gravity force flying high over jazzy patterns... I think that it's a very introduction for a wonderful album!

"Dune" is a beautiful instrumental with Oriental flavours that leads to "Pacha Mama" where we can hear for the first time on this work Iano Nicolò's vocals. The lyrics deal with environmental issues. In fact, the title refers to the goddess of fertility revered by the indigenous people of the Andes. Mother Earth here is depicted as a dying entity, poisoned by the greediness of humankind. Men driven by gold are sucking the divine maternal sap like vampires while deserts of sand are rapidly replacing lakes and rivers...

Arti e Mestieri 2015

A strong, melancholic wind of nostalgia blows through the notes of the following "L’ultimo imperatore" (The last emperor). The title seems to refer to the film of the same name directed in 1987 by Bernardo Bertolucci about the life of Puyi, the last Emperor of China. The lyrics do not try to tell a story but draw evocative images about parallel universes and fading memories where distorted and manipulated revolutions are celebrated by godless priests in doomy cathedrals that can't hide the pervasive sense of loss and emptiness of a faithless ritual performed by rote...


"Finisterre" and "Johann" are two charming instrumental pieces drenched in a kind of dreamy romanticism that lead to the heartfelt "Restare immobile" (Remaining motionless) where the music and lyrics depict the eternal contrast between reality and dreams. You can pin down a fragment of reality on a blank page and anaesthetize your memories. Poetry and dreams can set you free and when your mind begins to fly you're able to take off on a journey across far, extraordinary worlds, even without moving your body!

The melancholic instrumental "Borea" (Boreas) is full of delicate autumnal colours and soaring folksy melodies with accordion and violin in the forefront. The music draws evocative northern landscapes while the title refers to the god of the north wind, one of the four seasonal Anemoi in ancient Greek mythology... It leads to the joyful "Pandora" where the music and lyrics conjure up strange images and cheerful dances. Here the wind takes you onwards and you set off on a magical journey to discover new moons and better days...

Arti e Mestieri on stage

The following "Linea d’ombra" (Shadow line) is darker and tense. It's another beautiful instrumental that leads to the pyrotechnic drum solo "Comunicazione primordiale" (Primordial communication), full of savage energy and exotic flavours. Next comes the instrumental "La luce in fondo al tunnel" (The light at the end of the tunnel) that is more relaxed and shines for his perfect mix of jazz and classical influences.

The last track "Nato" (Born) is credited as a "bonus track" and features the special guest Lino Vairetti from Osanna on vocals. It's a wonderful piece that deals with a strong sense of nostalgia for a lost emotion that was born from a thought or maybe from a kiss, or a lie, a tune, a sound, a poem, a sin, a shout or just from a moment of madness that now your are trying to find again between a smile and a tear, between the clouds and the stars, in an image or in a deep, cold abyss inside you soul or... wherever you want! It's just a magic moment that fled away and you're still desperately running after it...

On the whole, I think that this is wonderful album and a real must for every Italianprog lover!

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Wednesday, 3 August 2016

POUR LES AMIS FRANCOPHONES

 
Traduction en amateur des premières pages du livre
Rock Progressivo Italiano: An introduction to Italian Progressive Rock



Les origines du Rock Progressif Italien

 
En Italie, à la fin des années soixante, outre les classiques chansons mélodiques italiennes, était en vogue un nouveau genre de musique "dérivé", le Beat Italien, un genre où on utilisait des reprises de chansons célèbres à l'étranger. C'était une version italienne du genre musical anglais appelé "Mersey Beat", à ne pas confondre avec la Beat Generation qui est au contraire un phénomène tout américain. En Italie, "beat" est synonyme des chansons insouciantes et simples, avec des harmonies vocales claires sur des rythmes battantes conçus pour danser, des chansons dans leur façon révolutionnaires, inspirées par les Beatles, les Rolling Stones, les Yardbirds, les Animals ou les Hollies. Prendre l'inspiration ici signifie produire des covers, c'est à dire transposer des chansons étrangères en italien pour en faire des nouvelles tubes (1). En vérité, le phénomène des cover versions, le remake d'une chanson avec des paroles traduites en italien, a des racines profondes. Il remonte aux années 30, une époque où en Italie on avait interdit l'utilisation des langues étrangères (2). Pour éviter cet obstacle et avoir la possibilité de jouer les grands succès américains en public, ont avait commencé donc à réécrire les paroles en italien et de cette façon de nombreux classiques du jazz et du swing avaient été introduites au public italien. La pratique, qui avec le temps s'était consolidée, avait continué pendant les années 40 et au cours de la décennie suivante, même si les langues étrangères n'étaient plus interdites et les chansons américaines et britanniques pouvaient être joués librement. Les reprises avaient de nombreux avantages: ils permettaient aux musiciens d’interpréter des chansons qui avaient déjà prouvé leur potentiel commercial et permettaient aux orchestres qui jouaient dans les salles de danse d'expandre considérablement leur répertoire. Pendant les années 50 on registre une augmentation significative de ce phénomène et à l'arrivée du rock'n'roll le nouveau genre avait été exploité tout de suite par des jeunes chanteurs, comme Adriano Celentano, qui proposaient les tubes américaines et britanniques avec de nouvelles paroles en langue italienne. Mais c'est dans les années 60, avec l'avènement du beat, que le phénomène avait vraiment explosé. 

Franz Di Cioccio

A cette époque, ce n'était pas facile de trouver les nouveaux disques de groupes britanniques, puisque l'Italie était encore considéré comme un marché secondaire et seulement quelques enregistrements avait pu traverser la Manche (3). Franz Di Cioccio, batteur de la Premiata Forneria Marconi: - Le "beat" italien était aussi un phénomène d'émulation, souvent plus concentré sur l'aspect extérieur que sur la musique. Si vous prenez un disque et vous le copiez comme il est, c'est ne pas comme être les Troggs ou les Traffic ou les Yardbirds qui ont eu dans leur formation trois des plus grands guitaristes de l'histoire du rock (Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page). Ils écrivaient leurs pièces et ils ont su façonner leur son. Dans notre pays, ce phénomène était typiquement italien. La chanson italienne prend tout et le phagocytes, c'est un classique. Quand un phénomène devient un phénomène il est incorporé, il est exploité à la fois sur le plan économique et d'un point de vue social et tout devient édulcoré et dilué. Une fois que vous avez mis la main sur le phénomène et que vous l'avez exploité, vous tournez votre attention à autre chose. Les musiciens qui croyaient en leur musique ont continué tandis que d'autres qui étaient convaincus qu'ils pouvaient continuer leur carrière en changeant juste un peu et travailler sans effort ont dû s’arrêter (4).


Beaucoup de groupes de Rock Progressif Italien de la première vague ont commencé leur carrière en tant que beat bands, bien que parfois avec des noms différents, comme, par exemple, Le Orme, Premiata Forneria Marconi (I Quelli), Banco del Mutuo Soccorso, I New Trolls, Delirium (I Sagittari), I Giganti, Metamorfosi (Frammenti), Il Balletto di Bronzo, I Califfi, I Dik Dik et beaucoup d'autres. Le monde de la musique Pop à cette époque en Italie était complètement distincte du monde de la culture musicale. Il n'y avait pas d'écoles de "musique moderne" et la formation des musiciens était principalement d’orientement classique. Ivano Fossati, chanteur et multi instrumentiste de Delirium: - Dans les années soixante, il n'y avait que les "assassins" avec des guitares électriques et ceux qui avaient étudié au Conservatoire. Deux mondes irréconciliables(5). Ensuite, les porte-drapeaux des nouveaux sons du rock progressif sont venus de Grande-Bretagne (avec King Crimson, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis, Gentle Giant et Van Der Graaf Generator en première ligne) montrant une nouvelle façon de jouer, la possibilité de mélanger rock et musique classique en produisant des albums pleins de sens: le rock progressif est l'idée d'une musique cultivée pour des gens acculturés (6). Londres était ainsi devenue un point de référence et une destination très attrayante pour les jeunes musiciens italiens et les amateurs de musique rock. Luciano Regoli, chanteur et guitariste de Raccomandata con Ricevuta di Ritorno, Il Ritratto di Dorian Gray, Samadhi et DGM: - Dans la petite scène romaine à la fin des années soixante, c'était difficile d'écouter du rock anglaise puisque nous ne pouvions pas écouter les dernières nouveautés à la radio. Puis, quand les garçons de cette période avaient la chance de se rendre à Londres, ils avaient pris l'habitude de ramener avec eux, entre autres choses, des albums britanniques de groupes comme Deep Purple et Led Zeppelin, de sorte que la petite scène romaine a commencé à s'intéresser à ce nouveau genre de musique (7).


Franz Di Cioccio: - Il n'y a pas de date précise qui marque le début de la première vague du Rock Progressif Italien dans les années soixante-dix. Il y avait des influences musicales qui venaient d'Angleterre, un pays qui, traditionnellement, a toujours semé des graines importantes pour le développement de la musique, alors que les Américains ont toujours été mieux à trouver la clé commerciale (8). Cependant, les critiques affirment généralement que le début du mouvement du Rock Progressif Italien a été la publication de l'album de le Orme Collage, au printemps 1971 (9). Le succès commercial de cet album a aidé d'autres groupes progressifs à obtenir plus d'attention de l'industrie de la musique. Toni Pagliuca, claviériste de Le Orme: - Nous voulions mettre quelques improvisations entre les parties chantées et nous avons dû nous décider sur le style à suivre... Après avoir été à au festival de l'île de Wight, c'était clair pour nous que nous ne pouvions plus continuer à jouer les chansons habituelles avec tout simplement des vers et des refrains (10). L'album de Le Orme avait eu un succès extraordinaire et inattendu et immédiatement beaucoup d'autres groupes avaient suivi leur exemple avec d'autres albums dans le même style, comme Premiata Forneria Marconi, I New Trolls, Delirium, Osanna ou Banco del Mutuo Soccorso. Vittorio Nocenzi, claviériste de Banco del Mutuo Soccorso: - Le projet du Banco del Mutuo Soccorso est né quand j'avais seulement dix-huit ans, avec la première formation et la volonté de trouver un pont entre la génération Beat et la nécessité d'une nouvelle synthèse musicale sur les chemins de la musique classique que je l'avais déjà parcouru ... (11).


L’âge d'or du Rock Progressif Italien allait commencer. Gianni Leone, claviériste et chanteur de Balletto di Bronzo Il: - En Italie, ils ont commencé à parler de rock progressif au cours d'un festival pop à Novate, près de Milan. Je me souviens de la rencontre avec Banco del Mutuo Soccorso, Osanna, PFM, Trip, Nuova Idea, tous les groupes les plus importants de cette période étaient là. C'était juste après l'été 1971 et il y avait aussi les anglais de Colosseum. La Radio Nationale (RAI) était présent avec une émission appelée "Per voi giovani" (Pour vous les jeunes). Les émissions radiophoniques étaient très importantes pour la diffusion de la musique progressive. A cette époque, la radio était le principal médias que vous aviez pour écouter de la musique nouvelle. Mais ce n'était pas comme aujourd'hui quand dès que vous allumez la radio, vous êtes submergés par une mer de musique de toutes sortes et genres et vous pouvez choisir. A cette époque, il y avait certains types de musique qu'on ne transmettait pas et s'ils trouvaient un peu d'espace c'était tout juste dans une émission qu'on passait une fois par semaine. Je me sentais comme le dernier des Mohicans alors que j'écoutais toutes ces notes, cet or, ce fluide doré. C'était le seul moyen de nous défendre des chansons mélodiques italiennes qui dominaient la scène musicale. Il n'y avait rien d'autre. Les radios transmettaient presque seulement de la musique très commerciale. Donc, vous n'aviez pas d'autre choix que de régler votre radio sur les fréquences des radios étrangères comme Radio Luxembourg ou attendre l'après-midi du jour où vous saviez que "Per voi giovani" ou une autre émission sporadique aurait transmis ce genre de musique, alors réputé complètement invendable (12)


[1] D. ZOPPO, Premiata Forneria Marconi, 1971-2006: 35 anni di rock immaginifico, ed. Editori Riuniti, Roma, 2006, p. 18.
[2] G. BORGNA, Storia della canzone italiana, Mondadori, Milano, 1992, p. 106
[3] R. IURZA, Il Beat... cos’è?, Puleio Press, Milano, 2006, p. 68
[4] T. TARLI: Beat Italiano – dai capelloni a Bandiera Gialla, 2^ ed., Castelvecchi, Roma, 2007, pag. 273
[5] M. COTTO, Di acqua e di respiro, Ivano Fossati si racconta a Massimo Cotto, ed. Arcana, Roma, 2005, p. 13.
[6] C. RIZZI, Progressive, ed. Giunti, coll. Atlanti Universali, Firenze, 1999, p. 6
[7] www.ilpopolodelblues.com
[8] G. CASIRAGHI, Anni 70 – Generazione Rock, Ed. Riuniti, Roma, 2005, p. 41.
[9] Pour exemple M. FORNI, Lungo le vie del prog – Storia del rock progressivo italiano. Personaggi e opere dal 1971 al 2008, Palladino Editore, Campobasso, 2008, p. 22-23.
[10] G. CASIRAGHI, Anni 70 – Generazione Rock, Ed. Riuniti, Roma, 2005, p. 128.
[11] www.pagine70.com.
[12] F. MIRENZI, Rock Progressivo Italiano - Vol. 2, ed. Castelvecchi, Roma, 1997